Clé de détermination

LES TORTUES TERRESTRES ET D’EAU DOUCE, AUTOCHTONES ET INTRODUITES, DE FRANCE MÉTROPOLITAINE : ÉTAT DES CONNAISSANCES ET CLÉ DE DÉTERMINATION ILLUSTRÉE

Quelle est donc cette espèce de tortue ? Simple question que des herpétologistes, gestionnaires d’espaces naturels ou promeneurs curieux de nature sont amenés à se poser face à l’observation sur le terrain d’une tortue aquatique ou terrestre. Si la réponse est relativement facile pour l’expert ou le naturaliste déjà sensibilisé, elle demeure souvent compliquée pour la majorité du grand public. Les espèces indigènes (Emys orbicularis, Mauremys leprosa et Testudo hermanni) sont relativement bien connues notamment grâce aux études dont elles font l’objet ou bien à travers leur médiatisation accrue. En revanche, la situation se complique dès lors qu’il s’agit d’une tortue exogène, c’est-à-dire d’une espèce non native, qualifiée le plus souvent d’exotique. Et pourtant, la France métropolitaine n’a pas été épargnée par le commerce des espèces allochtones qui s’est développé à partir des années 60 jusqu’à la fin des années 90, avec comme conséquence des importations parfois massives de tortues destinées au commerce animalier (Trachemys scripta ssp.).

En fonction des espèces commercialisées, ce sont quelques dizaines, à parfois des millions d’individus qui ont été importés et vendus sur notre territoire. L’avenir de ces animaux s’est orienté selon deux voies peu radieuses : la mort précoce due à de mauvaises conditions d’élevage en captivité ou alors le relâcher volontaire dans la nature. Bien que cela existe, les spécimens conservés en vie pendant plus de dix ou vingt ans sont minoritaires. C’est ainsi que la diversité spécifique des Chéloniens en France continentale s’est considérablement diversifiée. Aujourd’hui, il est possible d’observer une tortue dans quasiment tous les départements de France alors qu’il y a une cinquantaine d’années cette éventualité n’était concevable que dans les seules régions françaises où se cantonnaient nos espèces indigènes. Trachemys scripta elegans est sans nul doute l’espèce phare de ce phénomène à cause du commerce à l’échelle industrielle dont elle a fait l’objet et des centaines de milliers de spécimens relâchés dans nos cours d’eau.

Femelle Trachemys scripta scripta
TSE

Face à cette situation et à l’observation de plus en plus fréquente de ces tortues étrangères dans nos écosystèmes, la machine médiatique s’est légèrement emballée qualifiant rapidement ces étrangères d’espèces exotiques envahissantes. La tortue de Floride, et ses consœurs, représenteraient une menace pour la biodiversité, et pire encore pour l’existence et la survie même de nos tortues aquatiques indigènes. Une hystérie collective s’est emparée de tout un chacun, en s’épargnant comme souvent en pareille circonstance, du recul et du temps nécessaire pour juger véritablement de la nature du danger et de ses éventuelles conséquences. Depuis peu, les choses semblent se tasser légèrement et les discours de spécialistes aussi. L’impact de Trachemys scripta elegans, qui devait tout simplement contribuer à la disparition progressive de la Cistude d’Europe, paraît plus complexe. Non pas qu’il soit sans conséquence, mais peut-être pas aussi radical et inéluctable que certains discours ou études le laissaient présager. La vérité est certainement à la frontière de ces deux approches. Des études scientifiques ultérieures permettront, à n’en pas douter, d’écrémer le débat pour le rendre plus conforme à la réalité de terrain.

L’évolution des mentalités a permis depuis la fin des années 90 et le début des années 2000 de réglementer le commerce et la détention des tortues de sorte qu’il ne soit plus possible aujourd’hui, du moins nous l’espérons, qu’une espèce soit proposée à la vente à coup de millions de juvéniles à bas prix comme cela a été jadis le cas. C’est uniquement à cause de ce commerce colossal allié à ses fortes capacités d’adaptation que Trachemys scripta elegans a pu progressivement, et au bénéfice des relâchers dont elle a fait l’objet, s’installer et s’y reproduire. À tel point qu’aujourd’hui, Trachemys scripta elegans est la seule espèce exogène considérée comme naturalisée. Dans toutes les régions qui lui sont climatiquement favorables des preuves de reproduction sont notées, aussi bien dans le Nord que dans le Sud. C’est donc sous l’impulsion de la Société Herpétologique de France que nous avons entamé en 2020 la rédaction d’une clé de détermination des tortues rencontrées en métropole française. Ce travail doit permettre à quiconque d’identifier rapidement une tortue. Le document est disponible gratuitement à télécharger (PDF). Il est disponible sous format livre par commande ou en boutique au Refuge des Tortues (30€), accompagné d’un poster (12€).

LA CLÉ DE DÉTERMINATION

Citation : Maran, J. & Frétey, T. (2023) Les tortues autochtones et introduites de France métropolitaine : état des connaissances et clé de détermination illustrée. Herp me!, 5 : 1- 172

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Le graphisme de la clé a été réalisé par Maël Dewynter.

Les photographies de la clé de détermination ont été réalisées en partie par Matthieu Berroneau.

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